« Doppler » – Erlend Loe

Andreas Doppler est un père de famille norvégien classique : une femme, deux enfants, un travail, des amis avec qui on passe des weeks ends … Bref, une petite vie classique et un peu ennuyeuse. Mais un jour, après une chute à vélo dans la forêt, Doppler prend conscience de sa vie et prend une grave décision : il décide du jour au lendemain de partir vivre dans la forêt, laissant sa famille, ses amis, son travail derrière lui. Il souhaite redécouvrir une vie plus saine, loin de l’hyper consommation qui nous entoure.

L’auteur alterne farces au 3e degré, réactions sur la société qui nous entoure et analyse des relations entre les êtres humains. Ca fait beaucoup … trop même de temps en temps.

Le livre est découpé en mois : on arrive au milieu du mois de Novembre, Doppler est déjà dans la forêt depuis 6 mois. Commence alors une amitié, qui s’étendra tout au long du roman, entre lui et un élan, Bongo, dont il a tué la mère pour pouvoir manger. Doppler voit en Bongo son meilleur ami, il essaye de lui apprendre à parler, à jouer au Memory, à couper des arbres. Cette relation entre Doppler et Bongo est vraiment plaisante : toujours drôle et douce, pleine d’amour. Erlend Loe montre que, même si Doppler recherche la solitude et l’éloignement du monde, une présence, même silencieuse est toujours bénéfique.  Et là, on s’imagine bien, nous aussi, vivant dans la forêt, nous liant d’amitié avec les animaux …

Loin de son personnage bonhomme avec Bongo, Doppler est aussi un homme désabusé, déçu par la vie. Même si au début on se lie d’amitié pour ce personnage un peu fantasque, rapidement on se pose la question de son égoïsme : partir du jour au lendemain en laissant femme et enfants, mais tout de même accepter que de temps à autre sa femme lui rende visite pour assouvir certaines pulsions sexuelles … Et évidemment, lorsque sa femme tombe enceinte suite à ces galipettes forestières, Doppler n’assume pas et lui fait comprendre sans détour que ce môme c’est elle qui l’a voulu donc elle se débrouille avec. Dur de rester fidèle à son principe de vie hors du monde sans paraître égoïste, voire lâche.

Cela dit, le personnage de Doppler (norvégien lambda CSP+) permet à Loe une petite diatribe contre le monde moderne. Malheureusement, même si certaines de ces dénonciations sont justifiées et nous font nous même réfléchir sur nos comportements, on regrette néanmoins que tout ceci soit survolé et soit noyé au milieu des paragraphes sur l’amitié avec Bongo, sa relation avec sa femme, mais aussi ses divagations personnelles (souvent très drôles par ailleurs). Loe dresse un portrait sans complaisance et très caricatural de nombreux personnages qui nous entourent : le type de droite avec son rictus mauvais (l’ennemi absolu de Dopller, qui trouve sa rédemption en choisissant, lui aussi, de s’installer dans la forêt), Düsseldorf l’homme perdu dans sa vie (né d’une relation entre sa mère et un soldat allemand durant la Seconde Guerre Mondiale) passionné de maquettisme et qui reproduit à l’identique la scène de la mort de son père, sa fille obnubilée par le Seigneur des Anneaux et Tolkien et qui tente d’apprendre l’elfique et enfin, son fils, Gus, petit gars de quelques années qui prend rapidement une place importante dans la vie de Doppler.

Car la femme de Doppler refuse que celui-ci abandonne catégoriquement sa famille et lui envoie son fils Gus, pour certains weeks ends. Et Loe s’attelle alors à sa plus grande réussite dans ce roman : la description et l’évolution de la relation entre Doppler et son fils. Même si Doppler est démissionnaire auprès de sa femme, sa fille et de son futur enfant, le petit Gus retient toute son attention pour la simple et bonne raison : il lui ressemble. Lui aussi aime la forêt, lui aussi aime vivre seul, lui aussi aime Bongo et surtout, sa jeunesse permet à Doppler de le modeler à son image. La décision est rapidement prise que Gus vivra avec lui dans la forêt que ça plaise ou non à sa mère et l’on voit alors se former cette jolie relation entre un père qui a toujours oublié ses enfants et un fils qui ne le connaît pas.

Au final, quoi penser de ce livre ? Bien écrit, des passages drôles et émouvants, une esquisse de dénonciation sociale, des personnages attachants parce qu’ils sont bourrés de défauts … et … et voilà. Malgré une histoire attrayante, on reste sur un goût d’inachevé, on aurait aimé en savoir plus : plus sur la vision de Loe/Doppler sur le monde, plus sur la relation avec son fils … Plus, plus, plus !! Cependant, on se prend vraiment au jeu de cette déraisonnables (vraiment ?!) fuite de Doppler et on lit avec plaisir ses petites aventures norvégiennes.

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