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« Pays de nuit » – Janane-Jassim Hillawi

De nombreux écrits ont été publiés sur les guerres de Saddam Hussein, mais la majorité d’entre eux étaient des commandes du gouvernement. Hillawi nous propose ici un récit qui met en scène le jeune Abdallah, étudiant de Bassora, qui se retrouve envoyé au front lors d’une guerre qui ne le concerne pas.

Abdallah est appelé sous les drapeaux, après avoir essayé de se faire réformer. Rapidement, pour d’obscures raisons, il est jeté en prison et assiste à des séances de torture. En parallèle, il se lie d’amitié avec d’autres jeunes gens et tente de s’échapper. Rattrapé par les milices, il est envoyé au front, à peine formé et est blessé. Il parvient à obtenir de faux papiers pour rentrer à Bassora. Là, il vit dans les décombres d’une ville dévastée par les bombes iraniennes.

« Pays de Nuit » a été publié en 2002, soit environ quinze ans après la fin des derniers combats. Ce livre est une histoire forte d’un jeune homme, dépassé par les évènements, qui se retrouve à combattre des ennemis qu’il ne connait pas. Hillawi écrit ici sur l’absurdité d’une guerre, voulue par un gouvernement sourd. Plus qu’une critique de la guerre (oui, la guerre c’est mal !), Hillawi plonge au cœur des sentiments d’un jeune homme, amoureux mais respectueux des traditions et de  ses parents, qui finit par s’engager à contre cœur, pour faire plaisir à son père.

Laissant ses parents à Bassora, sous les bombes, Abdallah découvre la vie et la discipline militaires, les camps, les brimades, la prison, les tortures. Bassora, même si la ville est dévastée, reste pour lui un échappatoire. Le moyen de retrouver une vie « normale » auprès de sa famille. La ville de Bassora est ici un personnage à part entière : elle est la représentation du peuple irakien. Bombardée, affamée, abandonnée, Bassora meurt peu à peu. Véritable allégorie de la souffrance du peuple irakien, la ville étouffe sous les bombes iraniennes.

Même si le livre est écrit par un Irakien, il n’est pas à charge contre l’Iran. En décrivant la souffrance d’un peuple et l’absurdité d’une guerre, Hillawi nous offre ici un récit poignant et puissant sur l’universalité de la souffrance.

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