Posts Tagged ‘XiXe siècle’

« Le Présage » – Marceline Desbordes Valmore

Qui ?

Marceline Desbordes Valmore est une grande poétesse du 19e siècle, précurseur du romantisme.

Tour à tour, actrice (elle a joué dans le Barbier de Séville), auteur de théâtre et poétesse, elle a enchanté le 19e siècle et de nombreux grands artistes lui rendent hommage. Balzac, Verlaine, Baudelaire et bien d’autres ne tarissent pas déloge à son sujet.

Issue d’une famille ruinée par la révolution, Marceline est emmenée dès 1802 à la Guadeloupe par sa mère, ou celle-ci meurt quelques mois plus tard. De retour à Paris, elle est engagée dans une troupe de théâtre et se fait ainsi connaître. Marceline aura 4 enfants (le premier d’une liaison avec un acteur, les trois autres issus de son mariage avec un acteur, Prosper Lanchantin, dit Valmore). Malheureusement un seul de ses enfants, Hypolyte, issu de son mariage avec Valmore, lui survivra. Sa fille, Ondine, fut elle aussi une poétesse et écrivit de nombreux poèmes, jusqu’à sa mort, à 31 ans.

Très aimée de son vivant, publiant irrégulièrement, Marceline reçoit une pension royale de la part de Louis-Philippe et de nombreuses distinctions.

Quoi ?

« Le présage » est tiré de son recueil, Elégies et poésies nouvelles, paru en 1819.

Oui, je vais le revoir, je le sens, j’en suis sûre !
Mon front brûle et rougit ; un charme est das mes pleurs;
Je veux parler, j’écoute et j’attends … doux augure !
L’air est chargé d’espoir … il revient … je le jure …

Me voici sur la route, et j’ai fui ma fenêtre.
Trop de fleurs l’ombrageaient … Quoi ! c’est encor l’été ?
Quoi ? les champs sont en fleurs ? Le monde est habité ?
Hier c’est donc lui seul qui manquait à mon être ?
Hier, pas un rayon n’éclairait mon ennui;
Dieu ! … l’été, la lumière et le ciel, c’est donc lui !

Oui, ma vie ! oui, tout rit à deux âmes fidèles.
Tu viens : l’été, l’amour, le ciel, tout  est à moi,
Et je sens qu’il m’éclôt des ailes
Pour m’élancer vers toi.

« Eventail de Mademoiselle Mallarmé » – Stéphane Mallarmé

Qui ?

Stéphane Mallarmé, de son vrai nom Etienne Mallarmé, est un poète du XIXe siècle, instigateur d’un renouveau de la poésie, influençant nombre de poètes du XXe siècle. Sa poésie difficile et originale font de lui un auteur à part.

Confié très jeune à ses grands-parents suite à la mort de sa mère, le jeune Mallarmé suit une scolarité difficile. Sa sœur, Maria, décède alors qu’il n’est qu’adolescent et c’est à cette époque qu’il commence à composer ses propres textes. Il trouve un travail à Sens, et quelques uns de ses poèmes sont publiés dans différentes revues. C’est à cette époque qu’il s’éprend de Marie, jeune gouvernante allemande, qu’il épousera quelques années plus tard.

Après avoir été réformé du service militaire, il se rend à Londres pour épouser Maria et se former à l’enseignement de l’anglais.  Il est muté en Ardèche où il se considère comme exilé. Cet « exil » forcé transparaît dans les poèmes qu’il compose à cette époque ( Les Fleurs, Angoisse …).

Traversant une période profonde de doute dans les années 1866-1867, il entame une importante correspondance avec Paul Verlaine. Rapidement il commence la publication de poèmes en prose et l’écriture d’Igitur, qui marque son retour sur la scène littéraire française. Il est par la suite nommé à Paris, et il s’installe dans la capitale avec sa famille.

Son séjour à Paris lui permet de rencontrer de nombreux grands poètes et écrivains de l’époque, parmi lesquels Rimbaud, Zola ou encore Hugo. De santé fragile, Mallarmé séjourne à de nombreuses reprises sur les bords de Seine dans une maison de repose, en compagnie de Nadar.

En 1884, avec l’appui de Verlaine, Mallarmé peut publier de nouveaux poèmes. Ses traductions de vers de Poe sont également rendues publiques. Mais, de santé toujours fragile, le poète s’éloigne de l’enseignement pour se mettre au vert. En 1898, malgré la fatigue, il soutient le « J’accuse » de Zola, paru dans l’Aurore. Peu de temps après, fatigué par des problèmes respiratoires, il décède suite à des spasmes du larynx.

Quoi ?

O rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.

Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement.

Vertige !  voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni s’apaiser.

Sens-tu le paradis farouche
Ainsi qu’un rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l’unanime pli !

Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d’or, ce l’est,
Ce blanc vole fermé que tu poses
Contre le feu d’un bracelet.